Maxam Tan, la fin de 124 ans d’histoire industrielle

17 mai 2021 : dernier jour des salariés de cette usine chimique plus que centenaire du bassin minier, qui en quelques mois a fermé ses portes pour d’obscures raisons financières, laissant à la ville de Mazingarbe 160 hectares de friches industrielles polluées et 72 salariés sur le carreau. Une situation qui n’est pas sans rappeler pour certains celle de Métaleurope Nord en 2003. Article paru dans la Gazette du nord-Pas de Calais 26/05/21 et reportage sur la radio RCF Hauts-de-France.

Salariés devant leur usine.

1 Md€ de chiffre d’affaires en 2018 avec 159 M€ de bénéfice EBITDA  : Maxam Corp, la maison-mère espagnole de Maxan Tan, est florissante. Elle avait racheté l’usine du Pas-de-Calais au groupe Total en 2011, pour sécuriser son approvisionnement en nitrate d’ammonium industriel, nécessaire pour la fabrication d’explosifs civils pour mines et carrières. Dernière usine française du secteur (CA19 78 M€), ce site seuil Seveso haut restait rentable. Situé à proximité du centre ville, entouré de terrils, l’usine faisait la fierté de la ville. 

« Même si avec le temps, le site s’était peu à peu désindustrialisé. Sa source d’approvisionnement en énergie était passé du charbon au gaz naturel ; une évolution coûteuse qui rendait l’usine de moins en moins bénéficiaire par rapport à des concurrents situés par exemple en Russie, producteur de gaz. » avoue  Lionel Mansuy, 46 ans, responsable d’exploitation.

Chronique d’une mort annoncée

Avec le temps, le portefeuille client s’était aussi rétréci pour ne fournir presque qu’exclusivement la maison-mère.

«Le modèle économique a commencé à vaciller à partir du moment où Maxam Corp à exiger de payer le nitrate d’ammonium de sa filiale à un prix inférieur au coût de revient. Maxam Tan a alors commencé à vendre à pertes et à cumuler les dettes » explique Jeremy Cornet, 34 ans, chimiste chez Maxam Tan et vice-président de l’association de salariés les MazMax. 

Jérémy Cornet sur le site de Maxam Tan

En 2019, nouveau coup de boutoir au bon sens économique. Le fonds d’investissement américain Rhône Capital devient majoritaire à hauteur de 71 % dans le capital de Maxam Corp. Et se rend compte qu’il a plus intérêt à se fournir en nitrate d’ammonium auprès d’un concurrent de Maxam Tan – le groupe Yara – à un prix au rabais fixé pour 5 ans qu’auprès de sa filiale.

« On est passé d’une stratégie industrielle à une stratégie financière, avec une rentabilité maximale recherchée » se lamente Jeremy Cornet. 

Une choix stratégique court-termiste qui poussera les dirigeants à décider secrètement de liquider Maxam Tan, sans y perdre de l’argent. Selon des sources proches du dossier, des mouvements bancaires ont montré que la trésorerie de la filiale chiffrée en millions a été transférée au cours de l’été à la maison-mère, pour créer un état de faillite. Après l’arrêt de l’activité le 17 juin 20, les salariés apprendront sur internet l’été 2020 que leur entreprise est à vendre. Dans la presse, Maxam Corp justifie cette décision par le fait que le site est devenu trop petit, pas assez rentable avec des charges top importantes et un éloignement des grands axes. Des repreneurs (notamment Titanobel) essaieront de s’intéresser à l’affaire mais trop de dettes (30 M€ selon les salariés) sont à éponger. 

Crise environnementale évitée

Sphère de 1066 tonnes d'ammoniac

Sphère de 1066 tonnes d’ammoniac

Dès le 13 janvier 21, l’entreprise est mise en liquidation judiciaire et la direction locale est évincée, « laissant » les salariés seuls à négocier leur PSE et surtout 1066 tonnes d’ammoniac en vrac dans une sphère du site. Une situation dangereuse avec vrai risque environnemental. En cas d’absence de surveillance et d’accident industriel, il n’était pas exclut un nuage toxique ou une explosion comme à Toulouse (AZF) ou Beyrouth, pouvant toucher près de 80 000 riverains. Les salariés se sont alors mobilisés pour vendre au plus vite ce stock. Pour les aider, le tribunal de commerce de Lille a prolongé jusqu’au 13 juillet la liquidation judiciaire. Courant avril, la cuve d’ammoniac était enfin vidée, et le PSE signé, offrant quelques 7000 euros par salariés. « Autant dire rien » pour Jérémy Cornet.

Philippe Dutkiewicz (photo), maire-adjoint en charge du développement économique de Mazingarbe, a l’impression de revivre l’affaire Métaleurope Nord :

«la maison-mère espagnole nous laisse une friche industrielle super polluée sans pour autant assumer financièrement, socialement et environnementalement la fermeture. Et l’état n’a pas joué son rôle d’accompagnement de ce site seuil Seveso seuil haut. »

Dépollution à venir

Aujourd’hui, Maxam Corp et Réquia (propriétaire du terrain et agence immobilière du groupe pétrolier Total) sont en charge de mettre en sécurité le site, le remettre en état et assurer le démantèlement des installations, avec l’accompagnement de la DREAL, le Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Le préfet du Pas-de-Calais, Louis Le Franc, a saisi de son côté le procureur de la république et porte plainte conte la maison-mère pour vente à perte du nitrate d’ammonium. De leur côté, la moitié des salariés ont constitué l’association Les MazMax pour se porter civile dans cette affaire. 


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